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Le « p’tit dernier »

Source : https://unsplash.com/photos/OghefWjG96w

Je viens d’une petite famille. Je viens d’un père et d’une mère pour qui avoir un enfant fut un projet de vie long et ardu. Je n’ose même pas imaginer ce sentiment, année après année, d’incapacité. Quand la seule ombre sur le tableau résulte d’une grossesse qui tarde à s’installer. Quand, malgré tout, ça prend dix ans pour y arriver. Vous comprendrez que je suis enfant unique, bien que mes parents auraient souhaité une plus grande progéniture à aimer.

Le jour où ce fut à mon tour de procréer, naturellement, j’ai pensé à ma mère qui y est arrivée de peine et de misère. J’avais tellement peur de vivre ce même malheur. Heureusement, son parcours n’est pas le mien et elle est devenue mamie dix fois plus rapidement qu’elle est devenue maman. Tout ça pour dire que mon but ultime était de fonder une famille donc, en 2012, mon garçon a vu le jour. J’avais 21 ans et je percevais, depuis longtemps, la maternité comme un projet tout beau et parfait. J’ai vite perdu mes lunettes roses et ce n’est que quatre ans plus tard que l’envie d’avoir un autre enfant m’a repris. En réalité, ma fille est née en 2020, non pas parce que j’ai mis toutes ces années à essayer, mais parce que je n’avais pas rencontré l’homme avec qui continuer.

Rapidement, l’idée d’un « p’tit dernier » s’est installée et c’était clair, dans ma tête, que je voulais deux bébés rapprochés. Je dois dire que je suis reconnaissante envers la vie qui me permet, à chaque fois, de devenir maman rapidement. Par le fait même, j’envoie une grande dose d’amour à toutes ces femmes pour qui ce processus est interminable. Parce que même quand on ne se met pas de pression et qu’on laisse les choses aller, il y a une partie de soi qui espère tellement apercevoir cette deuxième ligne ô combien significative.

Je misais gros sur la possibilité de ne pas retourner travailler. Je vous avoue avoir perdu espoir quand, deux mois plus tard, il n’y avait pas l’ombre d’un positif. Blanc comme neige, et pour la première fois, je devais patienter plus longtemps. Ce n’était pas ma normalité, loin de là. Encore une fois, je n’ose pas imaginer ce que ressentent les couples pour qui « la normale » est complexe et beaucoup trop longue.

Soulagement, le troisième mois fut le bon. Cet être humain m’avait choisie comme maman. Ce matin-là, j’ai vu la deuxième ligne et ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai réalisé une chose : je vais vivre cette grossesse comme si c’était la dernière. Chaque étape sera vécue dans l’optique qu’elle ne réarrivera plus. Parce qu’on veut trois enfants. Parce que notre maison sera à pleine capacité. Parce que je sens, à l’aube de mes trente et un ans, que j’ai fait ma part et je veux profiter des prochaines années tout en leur offrant ce dont ils ont besoin pour grandir et s’épanouir.

Mais, honnêtement, est-ce si facile de dire que ce sera la dernière fois? Le dernier bébé que je sentirai bouger en moi. Le dernier accouchement qui sera, je l’espère, aussi exemplaire que les deux autres. Les derniers instants avec un nouveau-né qui, lui aussi, grandira beaucoup trop vite. Je ne sais pas pour vous, mais, moi, je suis incapable de mettre définitivement une croix sur ça alors je laisse la porte ouverte… juste au cas !

 

Par Sabrina Lachance

Révisé par Mona Saint-Pierre

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