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À l’impossible nul n’est tenu


Source : Unsplash

Quand j’ai obtenu mon diplôme du secondaire, j’ai refusé de porter une robe de bal à dos échancré à cause d’un problème de santé touchant mon dos. Je ne me sentais pas à l’aise de le faire. Je ne voulais pas passer ma soirée à me sentir complexée par ma cage thoracique. Est-ce que c’était la décision la plus brave? Non, certainement pas. Après une décennie de bataille contre mon dos et une opération plus tard, j’ai choisi, à ce moment, que je traçais ma limite ici. Mon dos serait couvert à mon bal des finissants. Point. Pourtant, une personne vivant exactement la même situation que moi pourrait juger que cette différence corporelle n’est pas source d’insécurités et décider d’arborer fièrement une robe différente. Cette décision serait tout aussi valide. Je pose donc la question : est-ce qu’une solution est meilleure qu’une autre? À mon avis, elle ne dépend que de la sensibilité des individus. Les limites qu’on décide de s’imposer ne sont pas matière à débat ni à jugement. 

J’aurais pu me forcer à faire autrement. Peut-être que dans dix ans je vais me sentir mieux avec cet aspect de moi-même, regarder en arrière et avoir de la compassion pour l’adolescente que j’ai été. Je lui souhaiterai, avec bienveillance, un peu plus de confiance. Mais la vérité, c’est qu’au moment où j’ai pris cette décision, elle me faisait sentir bien et elle était la meilleure pour la personne que j’étais à la fin de mon secondaire. 

Nous serons tous en constante évolution et nos limites changeront avec le temps, nos expériences et notre maturité. Il existe une panoplie de situations où j’ai l’impression qu’il existe une bonne façon d’agir. Une façon qui sera meilleure que les autres. Dans un monde idéal, je devrais avoir assez confiance en moi pour porter ce dont j’ai envie. Je devrais également toujours prendre les meilleures décisions et aller à l’encontre de mon anxiété, comme si elle n’existait pas. Je ne devrais jamais l’écouter. 

Mais parfois, c’est impossible. Du moins, c’est irréaliste de s’attendre à toujours être à l’apogée de la confiance et de la pensée rationnelle. Parfois, je suis anxieuse et la meilleure décision peut être une soirée à danser sur le plancher de bois franc de ma chambre, qui fait office de piste de danse enflammée. Ce ne sera pas toujours une soirée entre amis (en des temps postpandémiques), une soirée d’études ou un entraînement. Même si techniquement je pourrais, j’ai aussi la possibilité de décider que ma limite est atteinte. Et ce, sans culpabilité et le sentiment de « ne pas en faire assez ». À l’impossible nul n’est tenu. Tu as le droit de souffler et de t’arrêter, avant d’arriver trop loin. Le but est de faire ce qui est humainement possible, dans le respect de soi. Personne d’autre que toi ne peut décider où tu traces tes limites. 

Peut-être qu’aujourd’hui, en lisant ces lignes, une version de toi évoluée juge des décisions antérieures. Pour ma part, je me m’en veux parfois d’avoir laissé l’anxiété être un point d’ancrage un peu plus souvent qu’à son tour. Mais c’est avec douceur que je voudrais te rappeler qu’au moment où toute décision a été prise, elle respectait tout ce que tu étais capable de donner. Aujourd’hui, tu es peut-être plus fort, plus confiant, mieux renseigné, et tu voudrais tellement pouvoir faire autrement. Souviens-toi que tu as fait ce qu’il t’était humainement possible d’accomplir dans tes limitations du moment. Sois fier de ton évolution plutôt que de regretter qu’elle n’ait pas eu lieu plus tôt. Ne laisse pas la personne que tu es aujourd’hui juger celle que tu étais dans le passé. Tu ne pouvais pas faire plus que ton impossible, et c’est correct ainsi.

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