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La mort des clubs vidéo

crédits: Pixabay

 

J’ai récemment obtenu un nouveau poste au travail. Ce nouveau poste m’oblige à me déplacer beaucoup plus loin de chez moi depuis quelques semaines. Sur le chemin, à l’aller comme au retour, je passe devant un club vidéo. Un gros signal lumineux qui indique « ouvert ». Je n’en fais pas de cas, puis je pose mes yeux à nouveau sur mon iPhone. L’autobus repart, laissant s’éloigner le club vidéo. Des souvenirs me reviennent à l’esprit: de mon adolescence passé au cinéma et au club vidéo de ma municipalité. Des soirées avec mes amis. À ce moment précis, j’ai réalisé ceci: ce club vidéo est un survivant. Il est un rare survivant de l’avènement du numérique qui a tout rasé sur son passage. Ajoutez à ça la pandémie (ce nouveau marqueur de temps) qui n’a pas aidé leur situation déjà grabataire. Nous assistons à une lente agonie réelle et sans fin des clubs vidéo.

C’est comme si c’était hier. Je me rappelle le plaisir fou que j’avais d’écouter des films. D’embarquer dans un univers quelconque, provenant de la vision d’un créateur en me laissant aller dans son univers le temps de diffusion. Action, aventures, comédie, drame, science-fiction… tous les genres me plaisaient. Dans mon patelin, il y avait une seule salle de cinéma. Ce n’était pas le genre de complexe comme en milieu urbain. Un seul film présenté durant une semaine. Le club vidéo s’avérait donc un endroit de choix pour assouvir l’envie d’en écouter plus. Il était attenant du cinéma. J’adorais y aller. C’était un cadeau inestimable. Une récompense, en fait. Je me souviens du nombre incalculable de fois que mes parents m’ont accompagné. Il fallait bien le choisir. Des fois, il y avait des promotions et je pouvais en prendre plusieurs. Encore mieux. Mais le Saint Graal, c’était lorsque j’étais capable de réserver la primeur de la semaine dans les premiers. Quel plaisir! Puis, en vieillissant, j’ai continué d’y aller. Plus fréquemment puisque je gagnais mon propre argent et que mon autonomie grandissait avec l’âge. Le privilège est devenu tranquillement une habitude. Même si les visites sont plus fréquentes, je me trouve privilégié de pouvoir le faire. Un privilège que j’ai transformé en rituel avec ma conjointe (étudiante en cinéma au moment de notre rencontre). On allait au club vidéo le plus près de chez nous pour profiter des promotions en vigueur (comme au Superclub Vidéotron, par exemple). On aimait également aller dans des clubs vidéo indépendants (comme celui qu’il y avait sur Myrand à l’époque). On se faisait des soirées thématiques. On mangeait de la nourriture chinoise en regardant une saison de « Sex in the city ». Une soirée de bonbons avec un film d’épouvante pour Halloween, dépendant de notre humeur et du temps. De beaux souvenirs que l’on s’accordait en fonction du privilège que ça représentait (serait-ce que pour le déplacement que ça occasionnait).

crédits: Pixabay

 

La technologie, l’évolution des mœurs, la mouvance de l’industrie, les événements incontrôlables de la vie et j’en passe. Plusieurs facteurs sont à considérer dans l’arrivée du numérique et, de facto, des plateformes de services en continu. Elles prennent une part de plus en plus grandissante du marché. Elles font fermer les clubs vidéo et remettent en question le cinéma en salle. Elles ont des arguments de taille: prix, disponibilité, choix et accessibilité. Difficile de rivaliser avec ça. Aujourd’hui, on a accès à des films fraîchement sortis, dans le confort de notre salon, moyennant un abonnement ou un certain montant. On ne se déplace pas et on écoute un film ou une série quand on le veut. Ces facteurs, bien qu’ils changent la donne dans l’industrie, tue certaines habitudes que l’on avait. Efface des privilèges que l’on a vécu. On n’a plus besoin de se déplacer au club vidéo pour louer le dernier film de Marvel. De prendre le temps d’y aller et de faire un choix éclairé pour passer une belle soirée. On n’a qu’à aller sur la plateforme Disney+ et ils sont tous là. On est fatigué d’en regarder un? On arrête tout et on recommence plus tard. Pas besoin de songer à aller le reporter le lendemain. Pas besoin de se soucier de la pénalité de retard. Il y a effectivement des avantages à tout ça. C’est indéniable.

crédits: Pixabay

Mon point est qu’avec la mort des clubs vidéo (pas seulement ça, évidemment), on signe la fin d’une époque. J’y vois cette époque où on prenait le temps. Le temps de choisir et se faire plaisir. De planifier du bon temps en couple ou en famille. De préparer une soirée thématique où une soirée de films jusqu’aux petites heures du matin. Cette image de prendre son temps pourrait être appliquée à bien d’autres sphères de la vie. Le symbole du club vidéo me sert parce qu’il me touche. Mais posez-vous la question. Dans le rythme effréné de la vie d’aujourd’hui, quand est-ce que vous prenez réellement le temps?

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Par Mathieu Belley

Révisé par Amélie Carrier

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