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L’amour qui apaise la peur

crédits: Pixabay

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand j’étais p’tit cul, j’étais d’une timidité maladive. Si j’te connaissais pas, petits comme grands, t’avais pas une once de moi. Pas de regard, pas de contact pis encore moins de sourire.

Ça faisait de moi un garçon très poli. Un poli obligé. J’voulais pas provoquer d’ondes qui me feraient immanquablement devoir répondre par « oui » ou par « non ».

Moi pis ma face de « j’veux rien savoir. » et aussi fermée qu’un service non-essentiel en temps de pandémie, on s’assurait que je me fasse discret.

« J’veux pas de contact » que je devais me dire à tout moment par en-d’dans.

En maternelle, j’me frottais le long des murs pour ne pas déranger, quitte à en user mes vêtements sur le stucco des murs menant jusqu’à la classe.

J’avais de belles évaluations de comportement que mes profs donnaient à mes parents.

« Ahhh, Patrick, Patrick, Patrick! Il est si aimable ce p’tit gars-là, Madame Laperrière. On l’entend pas. Y faut le voir pour savoir qu’il est là! Poli. Il est tellement attachant. Rien à dire de mal! »

Eh oui. Le p’tit Patrick était aimable, silencieux, poli, attachant.

Mais le p’tit Patrick n’était pas bien.

Pas heureux. Il avait une tristesse, une peur et une gêne qui le rongeaient par en-dedans.

En tout temps.

En tout temps aussi, même lorsque sa famille, son ami proche ou les gens qu’il côtoyait régulièrement et en qui il avait confiance n’étaient pas là.

Et non, ça n’incluait pas ses camarades de classe ni ses professeurs à cette époque où il n’avait que 5-6 ans.

Bah, 5-6 ans, y a encore en masse le temps de changer!

Et pourtant…une année complète, c’est long.

Ça aura duré 3 ans.

3 ans de malaise où même mes parents se demandaient ce qu’ils devaient faire avec ça. On est en 1981, j’ai eu une très belle éducation, plein d’amour, à cette époque-là, du moins, mais mon père et ma mère étaient assez tranquilles sur les ressources disponibles de psycho-éducateurs, pédagogues et pédopsychiatres.

Eux, c’était des dentistes, médecins de famille qu’ils me faisaient rencontrer. Point à la ligne.

Troubles émotifs? C’est quoi ça de l’émotion? « Tiens, v’là un cornet pis arrête de brailler. »

Je fredonnais des chansons de Passe-Partout pour tout et pour rien. Surtout pour tout.

Mes parents disaient que c’est parce que je l’écoutais le matin, le soir, la fin de semaine, en reprise, une, deux pis cent fois.

Moi, je dis que c’est parce que ça me calmait quand j’étais nerveux ou irrité de dire à  voix basse des paroles qui me rappelaient un moment bien et heureux.

Je me sentais apprécié par les personnages qui parlaient. Me parlaient à moi. M’écoutaient moi. Me faisaient sentir important. Important parce que je n’avais qu’eux à qui parler.

Et puis, là, du plus loin que j’me souvienne et au-delà du fait que je vieillissais et socialisais de plus en plus, tout est devenu plus beau, plus plaisant et plus doux.

En toute objectivité, vers maintenant 8-9 ans, j’entendais mes parents me bombarder de mots gentils, de compliments démesurés. Bien que ma mère ait continué de me surprotéger, moi, l’enfant unique qui ne pouvait, ne serait-ce, que se rendre au chalet de sa cousine ou de son ami juste parce qu’elle ne pouvait vivre avec l’idée de ce qui pourrait m’arriver si elle n’y était pas. J’avais beau brailler, crier, varger sur tout, elle restait là avec son idée sans broncher. Son idée déjà arrêté avant même que je me sois avancé.

Mais un jour, par je-ne-sais-quelle-illumination, mes parents ont décidé de me valoriser à grands coups de : « T’es bon! » sans blocage, sans barrière, sans non-dit, sans mensonge.

J’ai été aimé tout simplement comme on aime un dessin à la Sain-Valentin rempli de cœurs aussi laids les uns que les autres, mais qui sort de l’imagination de ton p’tit bout d’être ou d’un poème où on peut presque y déceler un refrain.

Y avait pas de « Je t’aime » formel mais avec le temps j’me suis rendu compte que c’était parce que, eux, n’avaient pas été élevés comme ça. C’est pas de leur faute. Tu donnes ce que t’as reçu jusqu’à ce que tu découvres que t’as bien plus que ça à donner.

À la maison, soudainement, y avait des sourires partout, des rires là où y en méritait même pas. Mais puisque rire c’est drôle alors pourquoi pas.

Y avait des colles de proximité juste à passer derrière moi, des colles de distance où probablement leur cœur ordonnait à leurs jambes, avant même que celles-ci réalisent ce qui était en train de se passer, d’aller chercher un p’tit moment de chaleur bien collé sur moi avant le dodo du soir.

Mon père m’appelait Pat, tout simplement, mais me semble que dans sa voix, il ne le disait pas comme les autres. J’étais son Pat à lui, dans son âme et dans sa voix. Le Pat de mon Papa. Le meilleur Pat qui soit.

Ma mère, elle, c’était gros pet ou bizoune.

Ça passé avec le temps surtout lorsque venait le temps de m’appeler dehors pour rentrer souper.

« Bizoune! Viens souper. »

Voix hors-champ: « Bizoune ne venait pas. »

Oui, je sais, c’est drôle à dire comme ça. Il ne venait pas jusqu’au moment où il entendait Pat ou Patrick.

La peur de se faire associer par ses amis à cet organe dégueux comme le trouve un enfant de 8 ans me faisait réagir ainsi.

Avec le temps, ces surnoms te manquent.

Tu te rends compte qu’y a un moment pour ces p’tits mots doux. Jeune, tu les évites, ils te rendent mal à l’aise. Plus vieux, ils te manquent, tu paierais pour les entendre à nouveau.

Vous dire à quel point j’aimerais que ma mère m’appelle: « Bizoune » ou que mon père m’appelle tout simplement: « Pat », son Pat;le Pat que tout enfant veut entendre de son Papa, me manque.

Encore à ce jour, 9 ans après son départ, sa voix me manque. Comme certains mots mais avec sa voix.

Y a de ces mots qui nous calment.

Y a de ces comptines qui nous adoucissent.

Mais jamais comme l’amour qui nous apaise.

« Des fois, j’ai peur un peu des fois. J’ai peur beaucoup, des fois.
J’ai peur un peu…
Mais des fois, je n’ai pas peur du tout.»

 

Révisé par Amélie Carrier

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